Ancienne ingénieure process, Marjorie est aujourd'hui chargée de communication interne chez Soitec. Son parcours illustre que la rigueur de l'industrie et la créativité peuvent se rejoindre pour dessiner une nouvelle carrière.
Quel est ton poste aujourd’hui chez Soitec ?
Je suis chargée de communication interne depuis mars 2025. Mes missions sont très variées : je m’occupe de la création de contenus visuels et éditoriaux pour notre intranet (Yuzit), de l’affichage sur site et de l’organisation d’événements pour les employés comme les conférences ou les "Strategy Talks". De plus, je suis aussi en support de tous les autres services qui ont besoin de communiquer.
Quel a été ton parcours avant de rejoindre Soitec ?
J'ai été ingénieure process en fabrication additive pendant six ans, de 2018 à 2024. Je travaillais dans le secteur médical pour une entreprise d'environ 400 personnes. C’était un métier très diversifié où je passais de la production avec les opérateurs au développement de nouvelles recettes pour améliorer la qualité des produits fabriqués.
Même si tout se passait bien - manager à l'écoute, bonnes relations, missions intéressantes - j'ai senti, au bout de trois ans, que "la flamme" s'éteignait. J'ai compris que ce n'était pas l'entreprise le problème, mais le métier d'ingénieur en lui-même qui ne me correspondait plus. J’ai décidé de me reconvertir.
Comment as-tu amorcé ce virage ?
Tout a commencé en 2022 par un bilan de compétences spécialisé pour les femmes. C’est un véritable exercice d’introspection qui permet de comprendre ce que l'on aime dans la vie, pas seulement au travail. J’ai ensuite réalisé des tests de personnalité et interrogé mes proches de différents cercles (famille, amis du lycée, université). C’est fascinant de voir que des qualités communes ressortent auprès de personnes qui ne se connaissent pas.
Le déclic a été de comprendre que je pouvais réconcilier deux facettes de ma personnalité : mon côté "carré" et rigoureux, hérité de mes six années d’ingénierie, et mon besoin de créativité. La communication est apparue comme le compromis idéal.
Pour consolider ma démarche, j’ai passé un diplôme de communication dans une école en distanciel tout en restant en poste, ce qui m'a permis de construire les bases avant de quitter définitivement mon CDI d'ingénieure en avril 2024. C'est en découpant ainsi mon projet en petites étapes que j'ai réussi à aller au bout de ces trois années de transition.
Comment s’est déroulée ton arrivée chez Soitec ?
Je voulais rester dans l'industrie car j'aime la technologie. Mon intégration s'est faite via un stage d'immersion d'un mois, un dispositif proposé par des organismes comme France Travail ou Transition Pro pour tester un métier en conditions réelles. L'expérience s'est tellement bien passée que Soitec m’a permis de continuer en CDD. Mon profil d'ancienne ingénieure a été perçu comme un atout : je connais les codes de l'usine et la réalité du terrain.
Qu’est-ce qui te motive au quotidien dans ce nouveau métier ?
La polyvalence, c'est l'essence même de la communication interne. Dans une même journée, je peux rédiger un portrait de collaborateur, créer un visuel, puis aller faire de l'affichage sur le site. Passer d'un sujet à l'autre me stimule énormément. Pas de place pour l'ennui. C'est gratifiant de voir que ma rigueur d'ancienne ingénieure est une force pour assurer la fluidité de l'information dans l'entreprise.
Quel bilan fais-tu de cette reconversion ?
C'est un bilan extrêmement positif qui a balayé mes propres préjugés. Au début, j'avais peur. Je pensais que la reconversion était réservée aux personnes de 50 ans qui ne voulaient pas finir leur carrière sur une mauvaise note, et je me sentais presque illégitime de vouloir changer après seulement quelques années. Un livre en particulier m’a beaucoup boosté, “Réinventer sa vie professionnelle... quand on vient de la commencer” de Marion de la Forest Divonne, car c’est lors de cette lecture que j’ai réalisé que tout le monde, quel que soit son profil ou son âge, a le droit d’avoir des doutes et de remettre en question sa carrière.
Aujourd'hui, ce sentiment a disparu. Cette expérience m'a appris qu'une carrière n'est pas figée dans le marbre. J'ai réalisé que le travail ne doit pas être une contrainte. Si dans quelques années mes envies évoluent à nouveau, je sais que j'aurai la force et les outils pour rebondir.
Que conseillerais-tu à quelqu’un qui hésite à changer de voie ?
Mon premier conseil, c'est de se nourrir de ce qui existe : j’ai énormément lu de livres de développement personnel et écouté des podcasts sur la reconversion pour déconstruire mes préjugés. Ensuite, profiter des ressources gratuites et accessibles à tous, comme le Conseil en Évolution Professionnelle, Transition Pro, le CPF, l’APEC, France Travail…
Si on m'avait dit au début que ce projet prendrait trois ans, je ne me serais peut-être jamais lancée car j'aime les résultats rapides. Mais en appliquant la "théorie des petits pas" - d’abord le bilan de compétences, puis le diplôme, et enfin les stages d'immersion - on avance sans se rendre compte du temps qui passe. N’hésitez pas à aller voir ces organismes extérieurs pour en parler librement, surtout si vous n'osez pas aborder le sujet avec votre employeur au départ.
En résumé : renseignez-vous, faites-vous accompagner et foncez. Il n’y a pas d’âge pour réinventer sa vie professionnelle.