Lorsque Alexandra Tissot a rejoint Soitec il y a près de 21 ans, les enjeux environnementaux n'occupaient pas la place stratégique qu'ils ont aujourd'hui. À l'époque, le service Sustainability était rattaché aux Facilities et axé principalement sur la conformité réglementaire du site. Bien que des sujets tels que le climat, la gestion de l'eau ou l'efficacité énergétique étaient déjà présents, ils n'impliquaient pas encore l'ensemble des fonctions de l'entreprise.
« Au début de ma carrière, je me souviens avoir dû jongler entre de nombreuses missions différentes, car j'étais seule à gérer l’aspect environnemental. Puis, petit à petit, l'équipe s'est agrandie », se souvient-elle.
Aujourd'hui, le paysage a profondément évolué. La durabilité n'est plus l'affaire d'un seul service : elle est devenue une démarche collective qui mobilise des équipes dans toute l'entreprise.
« De nombreux départements intègrent désormais des objectifs environnementaux dans leur activité, même si ce n'est pas leur cœur de métier. C'est gratifiant de voir les enjeux environnementaux faire désormais partie du quotidien de chacun. »
Coordonner les expertises
En tant qu’ingénieure environnement, Alexandra pilote les sujets de conformité réglementaire environnementale du site et assure les relations avec les autorités compétentes, notamment la DREAL*. Elle veille au respect des exigences applicables en matière de pollution et d’impacts environnementaux, qu’il s’agisse des rejets dans l’air, des rejets dans l’eau ou de la gestion des déchets. Également experte responsable de la norme ESRS* E2 (Pollution), elle contribue à l’élaboration de l'État de durabilité de l'entreprise.
Mais elle insiste sur un point : son rôle est avant tout celui d'une coordinatrice.
« Je recueille les informations, mais le véritable travail se fait sur le terrain. Les équipes Facilities, par exemple, gèrent les installations, suivent les performances environnementales au quotidien et cherchent en permanence des solutions pour les améliorer. »
Elle travaille également en étroite collaboration avec Benjamin Dié, ingénieur Risques industriels et Sécurité, pour réaliser les dossiers auprès des autorités pour l’évaluation des impacts environnementaux et risques industriels des nouveaux projets sur le site.
De la réglementation locale à une vision Groupe avec la CSRD
Pendant de nombreuses années, le travail d'Alexandra a été principalement guidé par la réglementation environnementale française. Le site de Bernin étant classé Seveso*, elle assure depuis longtemps le suivi des émissions, de la gestion des déchets et de la conformité environnementale en étroite collaboration avec les autorités compétentes locales.
L'arrivée de la CSRD* n'a pas fondamentalement modifié ses missions au quotidien. Elle en a plutôt élargi le champ d’application. Aujourd'hui, ce cadre commun permet de comparer les pratiques entre les différents sites, notamment entre Bernin et Pasir Ris, de partager les retours d'expérience et de construire une approche plus cohérente à l'échelle du Groupe.
Transformer les données en actions
Pour Alexandra, collecter des données environnementales n'a de sens que si elles permettent d'améliorer concrètement les pratiques. Dans l'industrie des semi-conducteurs, la fabrication des wafers nécessite l'utilisation d'eau, d'énergie et de produits chimiques. Une fois utilisées, ces ressources doivent être gérées de manière responsable afin de limiter leur impact sur l'environnement.
Pour gérer les 7 900 tonnes de déchets générés chaque année, Alexandra a mis en avant l’investissement de Soitec dans des « évapo-concentrateurs ». En séparant l’eau des cuves de déchets chimiques, ce procédé réduit de 5 à 10 fois le volume des déchets transportés, ce qui diminue directement à la fois le tonnage final à traiter et les émissions liées à la logistique.
Une illustration concrète de la manière dont les données environnementales peuvent se traduire en améliorations opérationnelles.
Et demain ?
Le prochain défi d'Alexandra consiste à approfondir l'exploitation des données environnementales du site de Pasir Ris afin de poursuivre l'harmonisation des pratiques à l'échelle du Groupe.
« Maintenant que nous disposons d'une base de données Groupe, j'aimerais aller plus loin, mieux comprendre l'origine des données et voir comment nous pouvons les exploiter encore plus efficacement. »
Son objectif majeur consiste à réaliser un audit détaillé de la consommation de produits chimiques sur l'ensemble des sites de production de Soitec afin de construire une feuille de route à long terme. « C'est un projet ambitieux », reconnaît-elle avec le sourire. Mais grâce à la collaboration des équipes internes, c’est un défi qu’elle a hâte de relever.